Face à YouTube, la France finance Dailymotion

Les deux sites de diffusion de vidéos affirment s’approcher de la rentabilité. L’Etat français s’investit directement
Plus de douze millions de spectateurs à un concert, c’est le petit exploit réalisé par YouTube dans la nuit de dimanche à lundi. Le concert du groupe U2, donné au Rose Bowl de Pasadena (Californie) devant 96 000 personnes, a été diffusé en direct sur le site appartenant à Google. Il a été suivi par les internautes de seize pays – mais pas la Suisse – et devrait bientôt être disponible en différé.
La façade est attrayante. Mais, en coulisse, Google tente toujours de gagner de l’argent avec sa filiale acquise, il y a trois ans, pour 1,65 milliard de dollars. Face à la diffusion, début 2009, d’une analyse de Credit Suisse qui voyait YouTube perdre 470 millions de dollars sur l’année, Google tente régulièrement de rassurer. Le 15 octobre, Patrick Pichette, directeur financier, lançait: «Nous sommes très contents de la performance de YouTube. Il sera profitable dans un futur proche.» A quand ce futur? Mystère. Google affirme qu’environ 30 milliards de vidéos sont vues par mois. Chaque semaine, un milliard de ces vidéos sont «monétisées» – des publicités sont affichées à leurs côtés.
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De plus, ajoutait le 15 octobre Nikesh Arora, responsable des ventes chez Google, 90% des espaces publicitaires avaient été vendus au troisième trimestre, «une amélioration formidable comparé aux trimestres précédents». Google précise que ses annonceurs, tels McDonald’s ou HP, sont satisfaits. De leur côté, les ayants droit de vidéos diffusées sans leur accord se feraient moins pressants envers Google pour les retirer du site. Ils sont en effet intéressés à partager, avec YouTube, les revenus liés à l’affichage des vidéos.
Pendant que YouTube tente d’atteindre les chiffres noirs, son rival français Dailymotion poursuit sa récolte de fonds. La semaine passée, la firme a reçu un soutien inattendu de la part de l’Etat français. Le Fonds stratégique d’investissement (FSI, détenu à 49% par l’Etat) a participé à hauteur de 7,5 millions d’euros (11,4 millions de francs) à une augmentation de capital de Dailymotion (total: 17 millions d’eu¬ros), aux côtés de quatre fonds privés. Le FSI, fonds souverain lancé par Nicolas Sarkozy, a déjà investi dans France Télécom, Air Liquide ou encore Danone. Le fonds obtiendra un siège au conseil d’administration de Dailymotion, mais affirme ne pas vouloir un droit de regard sur le contenu diffusé. Le FSI, qui soutient surtout des entreprises en difficulté, entend aider Dailymotion à se développer au niveau international. La firme compte déjà quinze employés à New York et veut étendre ses offres – notamment en vidéo payante. Cet été, la société s’est séparée de 20 employés sur 120 pour faire baisser ses coûts. «Nous avons atteint l’équilibre, et l’objectif est d’être rentable sur l’ensemble de l’année 2010», affirmait la semaine passée Cédric Tournay, directeur de Dailymotion, au site Rue89.com.

Le souci de la bande passante
Les chemins de YouTube et de Dailymotion semblent donc parallèles. Mais le français est encore un nain face au géant américain, notamment avec «seulement» un milliard de vidéos vues par mois. Qu’en est-il des frais liés à ce trafic? «Diffuser 1000 vidéos sur Dailymotion coûte 0,50 euro et les prix continuent à baisser, car nous sommes un gros acheteur de bande passante», expliquait Cédric Tournay. Quant à Google, il n’a jamais confirmé la rumeur voulant que sa facture quotidienne soit de 1 million de dollars en bande passante.
source: Le Temps

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