Edipresse supprime 100 emplois en Suisse

Serge Reymond, directeur général d’Edipresse Suisse, a annoncé le renforcement du profil des titres du groupe, qui doit s’adapter à la mutation structurelle dans le monde des médias.

L’éditeur lausannois doit faire face à une mutation structurelle du monde des médias. Les syndicats dénoncent une mesure qu’ils ne jugent pas utilUne centaine de postes supprimés: c’est l’annonce faite hier par Edipresse Suisse pour s’adapter à la mutation structurelle que traverse le secteur des médias. Cette mesure est jugée incontournable par la direction de l’entreprise qui édite notamment «Le Matin», 24 heures et la Tribune de Genève. Des négociations ont immédiatement été ouvertes avec les représentants du personnel.

Par mutation structurelle, il faut comprendre la multiplication des supports d’information – notamment via le Web. Celle-ci a pour conséquence une baisse des ventes des journaux d’Edipresse Suisse, à l’instar des titres de la presse écrite du monde entier. Un constat qui pousse les éditeurs à revoir leurs modèles économiques.

25% de revenus publicitaires en moins
Ce d’autant plus que ces changements se doublent aujourd’hui d’une crise économique qui impacte fortement les recettes publicitaires des journaux. «A fin septembre, nous avons perdu 25% de revenus publicitaires par rapport à 2008 et aucune amélioration n’est en vue d’ici à la fin de l’année», déclarait hier Serge Reymond, directeur général de l’entreprise.

Les suppressions de postes annoncées hier par Edipresse correspondent à un remaniement fondamental de la manière de travailler de toute la chaîne de production de ses titres. Une simplification des processus que recommandent également les quatre bureaux d’audits qui se sont penchés sur Edipresse ces derniers mois.

Premier secteur touché: les imprimeries, qui devraient perdre une cinquantaine de postes. «La réduction du volume d’affaires du centre d’impression ( ndlr: situé à Bussigny, dans la banlieue lausannoise ) rend nécessaire une simplification des méthodes de production et, ainsi, des suppressions d’emplois», explique Serge Reymond.

Deuxième secteur impacté: les rédactions. Edipresse Suisse devrait y supprimer une trentaine de postes. Le syndicat Impressum, qui se déclare «indigné par l’ampleur de la mesure», estime que les titres touchés ne pourront plus continuer de produire du contenu de qualité. Un avis que ne partage pas Serge Reymond: «Je suis convaincu que c’est possible, affirme-t-il. Mais il est clair que cette mesure nécessitera une réflexion autour du profil de nos titres, un profil qu’il faudra renforcer.»

Enfin, la vingtaine de postes restants concerne d’autres services, comme la production.

Fonds de soutien
«Sur un plan humain, il s’agit d’un moment très douloureux à passer, reconnaît Serge Reymond. Je suis en empathie avec les gens qui seront touchés. J’attends d’ailleurs beaucoup du dialogue que nous aurons avec les représentants du personnel.» Des mesures d’accompagnement et un plan social sont envisagés pour les personnes concernées. Afin de gérer au mieux les cas les plus précaires, Edipresse Suisse annonçait également hier la création d’un Fonds de soutien.

Autre syndicat à avoir réagi avec vigueur à l’annonce d’Edipresse, Comedia dénonce «la liquidation» de postes de travail du groupe qui a le mieux résisté à la crise, rappelant les 22,5 millions de bénéfice opérationnel au premier semestre 2009.

Malgré un climat qui s’annonce tendu sur le plan syndical, Serge Reymond reste confiant, relevant au passage l’existence de conventions collectives de travail «auxquelles nous sommes toujours restés fidèles, contrairement à la Suisse alémanique, qui n’a plus de convention collective pour les journalistes depuis de nombreuses années».

Reste une question, présente dans tous les esprits: cette restructuration est-elle la première d’une longue série? Même s’il ne se hasarde pas à affirmer qu’Edipresse ne devra plus prendre de mesures à l’avenir, Serge Reymond reste pleinement confiant en l’avenir de la presse. «Il est vrai qu’aujourd’hui toutes les entreprises de presse sont à la recherche d’un modèle économique viable, mais la demande d’infos est bien réelle. Je suis donc persuadé qu’il existe.»

Source: le matin

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